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Mouvement artistique Symbolisme

Mouvement artistique: Symbolisme (1866-1920)

Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique apparu en France, en Belgique, en Russie, au Portugal et au Brésil à la fin du XIXe siècle, en réaction au naturalisme et au mouvement parnassien.

Le mot est proposé par Jean Moréas, qui utilise ici l’étymologie du mot « symbole » (« jeter ensemble ») pour désigner l’analogie que cette poésie souhaite établir entre l’Idée abstraite et chargée de l’exprimer. Pour les symbolistes, le monde ne saurait se limiter à une apparence concrète réductible à la connaissance rationnelle. Il est un mystère à déchiffrer dans les correspondances qui frappent d’inanité le cloisonnement des sens : sons, couleurs, visions participent d’une même intuition qui fait du Poète une sorte de mage. Le symbolisme oscille ainsi entre des formes capables à la fois d’évoquer une réalité supérieure et d’inviter le lecteur à un véritable déchiffrement : d’abord voué à créer des impressions — notamment par l’harmonie musicale — un souci de rigueur l’infléchira bientôt vers la recherche d’un langage inédit. L’influence de Stéphane Mallarmé est ici considérable, ce qui entraîne la poésie vers l’hermétisme.

La reine de la glace (1912)
Cesare Saccaggi (1868-1934)

La Mort du fossoyeur
Émile Martin Charles Schwabe dit Carlos Schwabe (1866-1926)

Compendium visuel de thèmes symbolistes. La Mort et l’ange, la neige immaculée et la pose dramatique des personnages expriment tous l’aspiration symboliste à la transformation spirituelle, hors du monde.

Étymologie

Le mot « symbolisme » est formé à partir du grec ancien sumbolon (σύμβολον), qui dérive du verbe sumbalein (συμβάλλειν) (de συν-, avec, et -βάλλειν, jeter) signifiant « mettre ensemble », « joindre », « comparer », « échanger », « se rencontrer », « expliquer » ; aussi, du grec sumbolus, « objet coupé en deux constituant un signe de reconnaissance quand les porteurs pouvaient assembler (sumballon) les deux morceaux ». Dans la Grèce antique, le « symbolon » était un morceau de poterie qui était brisé en deux et qu’on donnait à deux ambassadeurs de cités alliées pour se reconnaître.

Définition

C’est le critique et romancier Émile Zola, en 1876, qui est le premier à employer ce terme, en accusant le peintre Gustave Moreau de « symbolisme » dans le cadre de la critique de ses tableaux présentés à Paris au salon annuel de peinture. Cette critique est généralement considérée comme l’acte de naissance du symbolisme.

Cependant, il n’est officiellement déclaré comme véritable mouvement qu’en 1886, dans un Manifeste littéraire publié dans le Figaro, par le poète Jean Moréas qui définit cette nouvelle manière d’écrire : « Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible. »

Le sujet ayant désormais de moins en moins d’importance, voire aucune, les symbolistes revendiquent ou imposent la valeur de leur subjectivité et sa légitimation. Plusieurs artistes s’amusent à transposer une image concrète dans une réalité abstraite qui tend vers l’absolu. Les symbolistes teintent leurs œuvres d’intentions métaphysiques, de mystère, voire de mysticisme. L’art symbolique est souvent dépouillé d’éléments attribuables à un cadre spatio-temporel précis. L’intemporalité et l’invraisemblance des formes et des couleurs se manifestent comme mode d’expression de l’artiste et de ses idées. La forme donnée à l’idée est priorisée plutôt que de la décrire précisément, à l’antipode de la science, qui délaisse l’esthétique au bas de sa hiérarchie afin d’accorder la primauté à la clarté.

Le symbolisme est particulièrement caractérisé par ses refus du réalisme et du naturalisme. Plusieurs symbolistes, ou précurseurs de ce mouvement, sont considérés décadentistes. Aucune définition ne parvient à regrouper tout le symbolisme, à saisir les particularités de chaque artiste, à rendre justice à sa complexité totale, et quoique certains artistes se soient regroupés et qu’ils s’inspirent (directement et indirectement) les uns les autres, le mouvement n’est pas homogène. La vaste majorité des symbolistes sont nés entre 1850 et 1900. Un artiste né hors de cette période ne peut que hardiment être considéré comme faisant partie du mouvement.

Les précurseurs picturaux

Louis Janmot dés 1835, puis Gustave Moreau et Puvis de Chavannes sont des précurseurs du symbolisme français en peinture, qui mêle au mystique les thèmes de l’étrange et du rêve.

Au début du xixe siècle, le mythe d’Ossian est un des principaux thèmes préromantiques où se manifeste une dimension onirique, qui inspire surtout les peintres scandinaves, allemands et français comme Nicolai Abildgaard, Anne-Louis Girodet, Eugène Isabey le baron Gérard, la Secte des Barbus et même Ingres. En Angleterre et en Allemagne, les quatre principales figures du préromantisme puis du romantisme sont Johann Heinrich Füssli, William Blake, Philipp Otto Runge et Caspar David Friedrich.

D’autres mouvements associés au symbolisme sont ceux des peintres nazaréens qui ont pour objectif de renouveler l’art religieux par l’étude des maîtres anciens italiens et allemands et les préraphaélites avec Hunt, Millais et Rossetti, dont le pessimisme sera partagé par les symbolistes. Ils renouvellent l’approche du sujet littéraire et on retrouve aussi chez eux le concept d’une peinture initiatique qui sera une des aspirations des symbolistes.

L’Ange blessé (1903)
Hugo Gerhard Simberg (1873-1917)

Les principaux artistes du mouvement sont, pour la plupart, de jeunes peintres déçus par le système académique. En se démenant ou en faisant fi des contraintes et des exigences de l’académie, l’artiste accroît l’étendue des horizons de possibilités lui permettant d’afficher sa subjectivité. Plusieurs sont autodidactes et refusent la spécialisation artistique, ce qui résulte en une structure unicitaire et inconstante du mouvement.

La Morte (1889)
Giovanni Segantini (1858-1899)

Le contexte

Depuis le milieu du XIXe siècle, de multiples mutations se développent (capitalisme, industrie, laïcisation…), et dans le même temps naît un doute profond, qui porte sur la capacité de la société occidentale à maîtriser ses propres cadres conceptuels. Ainsi, le symbolisme s’inscrit dans une vague de réaction contre le positivisme. Il se caractérise par un pessimisme dubitatif, et porte sur un désir de retour au sacré et à la spiritualité. Selon une formule de Péladan, il s’agit d’« insuffler dans l’art contemporain et surtout dans la culture esthétique l’essence théocratique, voilà notre voie nouvelle ». Le symbolisme pose donc sur les problèmes de l’humanité, un regard visant à l’intemporel. Il en ressort une nouvelle typologie humaine : celle de l’angoisse.

La question du style chez les symbolistes est primordiale. C’est un renouveau de l’esthétisme mural et décoratif. Cela conduit Puvis de Chavannes et Gauguin à une unité de style. De cette manière, la notion d’académisme est alors remise en cause. Il est à noter deux événements de grande importance :

  • La libéralisation des échanges par les expositions (notamment les expositions universelles )
  • La multiplication des revues symbolistes, avec en 1883 la création, à Bruxelles, du Groupe des XX dont Rops, James Ensor et Fernand Khnopff feront partie.

Le paysage chez les symbolistes

Chez eux, ce genre de peinture deviendra un thème récurrent. Bien souvent la fiction et le réel sont mêlés. L’espace pictural n’est plus un simple regard sur le monde terrestre. Le paysage sera traité de manière subversive la plupart du temps. À la fin du XIXe siècle, on observe une quête de hauteur tout comme pour les peintres romantiques. Le paysage symboliste oscille entre deux pôles : une vision de la totalité du cosmos d’une part, et d’autre part une projection intégrale du psychisme (par exemple Le Cri d’Edvard Munch).

Le pauvre pêcheur (1881)
Pierre Cécile Puvis de Chavannes (1824-1898)

Chants sur l’eau (1912)
Jean Francis Auburtin (1866-1930)

Il n’y a pas de traitement différent pour le fond et le premier plan. Cette conception du paysage le remet en cause en tant que genre descriptif. La forme naturelle est dès lors tirée vers la forme abstraite, symbole de l’harmonie cosmique.

Un idéalisme subversif

Les années 1880 verront l’impressionnisme et l’académisme entrer en crise. L’idée d’un art pouvant rendre compte du monde objectif s’érode peu à peu sous l’effet de l’étrangeté ou de la dérision. Le symbolisme se pose en réaction face au naturalisme et à l’impressionnisme. Trois caractéristiques méritent d’être expliquée :

Le goût pour l’étrange beauté : c’est-à-dire la recherche de qualités immatérielles, qui se mêlent à la forme comme révélation totale et immédiate du psychisme, ainsi qu’une attirance pour l’horreur et le macabre.

Le satanisme et la dérision : c’est une dualité entre une vision ironique de la société et la transposition allégorique que l’on retrouve chez le peintre James Ensor. Peu d’artistes s’illustrèrent dans cette veine où la stabilité sociale et idéologique se trouvait démentie, par le recours à des formes issues de la représentation théâtrale.

La tradition et le vocabulaire stylistique : Émile Bernard considère le premier salon de Rose-Croix en 1892 comme l’apparition du symbolisme officiel en peinture. Lors de cette exposition est révélée une forte volonté de se distinguer de l’académisme par une recherche d’authenticité. Ainsi, les règles de la vraisemblance des peintures d’histoires sont transgressées. Le mythe est un refuge dans lequel l’artiste symbolique va puiser son imagination. Toutefois, il est possible de noter une autre option : le réalisme anatomique, avec ajout d’ornement, comme chez Gustave Moreau.

I lock my door upon myself (1891)
Fernand-Edmond-Jean-Marie Khnopff (1858-1921)

Présentée au second salon de Rose-Croix esthétique

La Raie (1892)
James Sidney Edouard (1860-1949)

Tentative de définition

En 1891, Gabriel-Albert Aurier a défini l’œuvre symboliste par cinq mots-clés :

  • Idéiste, puisque son idéal unique sera l’expression de l’Idée ;
  • Symboliste, puisqu’elle exprimera cette Idée par des formes ;
  • Synthétique, puisqu’elle écrira ces formes, ces signes, selon un mode de compréhension générale ;
  • Subjective, puisque l’objet n’y sera jamais considéré en tant qu’objet, mais en tant que signe d’idée perçu par le sujet ;
  • Décorative – car la peinture décorative proprement dite, telle que l’ont comprise les Égyptiens, très probablement les Grecs et les Primitifs, n’est rien autre chose qu’une manifestation d’art à la fois subjectif, synthétique, symboliste et idéiste.

Mais ce courant ne peut pas être défini à partir de critères formels. Le symbolisme s’est défini contre l’actualité, celle du reportage naturaliste, mais aussi celle de la perception lumineuse (impressionnisme). On attribue la paternité du symbolisme soit à Émile Bernard, soit à Paul Gauguin. L’art symboliste peut être éclairé par les qualités ci-dessous :

  • Opposition au réalisme : la primauté est donnée au regard subjectif, il y a aussi une opposition au temps avec le « culte » d’inachèvement des toiles. C’est encore l’extension de l’œuvre au-delà de ses limites physiques.
  • Application de la théorie baudelairienne : C’est la quête d’une unité stylistique et picturale. La vision de l’être humain apparaît comme un vestige du passé. Il y a l’établissement d’une relation entre expérience sensible (les sens en éveil) et conception pessimiste de la vie.
  • Existence entre instant et durée : Comme l’illustre bien le cas de Gustave Moreau, les œuvres sont conçues dans la globalité. Mais à sa mort, bon nombre de ses tableaux ne seront pas achevés. Il traite souvent l’image comme une apparition, et peut abandonner la couleur.
  • Culte de l’instabilité et de la défiance à l’égard de la raison : Le scepticisme à l’égard de la pensée positive, manifesté dans le renouveau du mythe, conduira les symbolistes à tirer parti de tout ce qui se trouve en marge de la rationalité. On note donc la présence de l’hystérie (ou de son double artistique), qui révèle un certain goût pour la théâtralité du psychisme et pour l’extrapolation du subconscient.

Hercule et l’Hydre de Lerne (1876)
Gustave Moreau (1826-1898)

Présentée au second salon de Rose-Croix esthétique

Le symbolisme a été critiqué pour son individualisme et son élitisme, son souci de retour à la tradition, son obsession pour l’irrationnel. Le symbolisme demeura dans ses rapports avec la politique dans le domaine de l’utopie. Il correspond autant à une réflexion sur le rôle de l’image qu’à l’invention de solutions formelles. En rupture avec les naturalistes et les impressionnistes, les symbolistes œuvrèrent pour que l’image recouvre une dimension sacrée. L’essor du symbolisme prend grâce à la diffusion de l’estampe et au rôle des artistes illustrateurs (Bruges-la-Morte). Des artistes contemporains tels que Kandinsky ou Mondrian trouveront leur source chez les symbolistes. La période bleue de Pablo Picasso témoigne également de la grande importance du symbolisme dans son œuvre.

Quelques oeuvres:

Paysage (vers 1900)
Ozias Leduc (1864-1955)

Huile sur panneau, Collection permanente du Musée d’art de Joliette.

Des caresses, ou l’Art, ou le Sphinx (1896)
Fernand-Edmond-Jean-Marie Khnopff (1858-1921)

Huile sur toile, exposée au musées royaux des beaux-arts de Belgique, à Bruxelles.

Les Chimères (1884)
Gustave Moreau (1826-1898)

Exposée au musée Gustave-Moreau de Paris.

Squelette regardant chinoiseries (1885)
James Sidney Edouard (1860-1949)

Le Récit (vers 1898)
Alexandre Séon (1855-1917)

Exposée au musée des beaux-arts de Brest.

Souces: fr.wikipedia.org

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