Les peintures que je vous présente ont été faites il y a plus de vingt ans. La plupart n’ont jamais été montrées publiquement, et font partie d’une production graphique que j’élaborais au début des années 1990. Je me suis ensuite consacré à la sculpture, ou à d’autres activités, artistiques ou non.   Je trouve ces peintures très réussies, énergiques et spontanées (sans fausse modestie…), et le fait que j’aie envie de les exposer présentement soulève une question que je trouve bien intéressante: une oeuvre d’art a-t-elle une date d’expiration? Combien de temps après sa création devient-elle “passé date”? J’aborde d’ailleurs ce questionnement dans mon diptych “NOUVEAU/NEW”, mots qu’on retrouve immanquablement sur une multitude de produits de consommation. Une oeuvre d’art n’est-elle qu’un autre produit de consommation, comme le marché de l’art essaie de nous en convaincre, en demandant aux artistes toujours leurs oeuvres les plus récentes? Une oeuvre intelligente, sincère et profonde, datant de dix mille ans, est-elle moins intéressante qu’une création banale, usée et simpliste, mais qui a été pondue il y a trois semaines? Faut-il répondre?…   L’obsession de la nouveauté, de la “fraîcheur”, n’est-elle pas encore un symptôme de l’aveuglement de notre époque, qui ne peut apprécier que les dernières trouvailles à la mode? Ne serait-ce pas une perversion du rôle premier de l’art, qui, selon moi, est de provoquer un questionnement de l’être humain, plutôt que de le divertir dans une somnolence morbide?   Après quarante ans de création artistique, j’avoue que, autant en peinture qu’en sculpture ou en dessin, je ne sais jamais ce que je fais. J’ai des yeux, des mains, un cerveau et une conscience, et je plonge dans la matière sans aucune idée préconçue. À mi-chemin entre un état de transe et un autre de méditation, tâtonnant comme un aveugle en pleine lumière, doutant toujours de tout et de moi-même, je m’avance dans l’inconnu, sans filet et seul. Je ne vois pas d’autre façon de travailler.   Tout comme, dans un corps humain, on peut voir un objet de désir, une conscience, une présence vivante et autonome, dans la matière aussi on peut voir autre chose que la matière: un questionnement, une lumière, une énergie…